Réseau régional
Troubles du langage et déficits d'apprentissage

Résodys et l’Education nationale : une collaboration qui ne se dément pas

Quatre ans après la signature de la convention qui lie Résodys au Rectorat de l’Académie d’Aix-Marseille, la collaboration entre les deux structures ne cesse de s’amplifier. En premier lieu, comme cela a été précisé dans d’autres articles de cette lettre, le Dr Pierre Taudou, médecin conseiller technique auprès du Recteur, a, depuis son installation à ce poste, multiplié les actions dans le domaine des troubles d’apprentissage, démontrant ainsi son implication personnelle pour cette thématique, en totale convergence avec celle du Recteur. Avec le Dr Danièle Dégremont, qui représente l’Inspection d’Académie, le Dr Taudou participe de manière assidue au comité de pilotage de notre institution, et nous éclaire de ses conseils pour toutes les questions ayant trait au monde de l’éducation. Plus concrètement, il a récemment œuvré pour que des médecins de l’éducation nationale puissent participer en tant que médecins réseau, au nouveau dispositif qui a été rapporté dans un autre article de cette newsletter, ce qui sera un apport très précieux et une garantie d’optimaliser le lien entre la structure et l’école.
Un des principaux chantiers de la collaboration entre les deux institutions est certainement celui de la formation. Depuis sa création, Résodys a collaboré à l’enseignement du Diplôme d’Université des Troubles d’apprentissage, organisé au sein de la Faculté de Médecine. Chaque année, ce diplôme accueille parmi ses étudiants, un ou plusieurs membres de l’Education nationale, médecins, psychologues, ou enseignants spécialisés.
Dans le cadre des formations académiques a été instauré un groupe de travail auquel Résodys est associé depuis le début, destiné à mettre en place des équipes de formateurs aptes à diffuser les données fondamentales sur les troubles d’apprentissage, le plus largement possible à travers les établissements du second degré de l’Académie. Plusieurs membres de Résodys sont personnellement impliqués dans ces formations.
La formation des médecins réseau, qui a été mise en place durant l’année 2010, a fait appel entre autres à des professionnels de l’Education nationale, médecins et cadres de l’ASH, c’est-à-dire des spécialistes de l’intégration à l’école des enfants handicapés. A cet égard, les liens avec le SESSAD de Résodys sont ici fondamentaux, d’une part en vertu des échanges constants entre personnels du SESSAD et des classes spécialisées CLIS et ULIS-DYS, mais aussi d’autre part par la présence au sein du SESSAD d’une enseignante spécialisée à mi-temps attribuée par l’Education nationale depuis la rentrée 2009. La présence d’une enseignante au sein de l’équipe de Résodys constitue un atout majeur dans le défi de notre structure d’agir en harmonie la plus complète possible avec les équipes pédagogiques de ces établissements. Rappelons que le SESSAD non seulement prend en charge un certain nombre d’enfants répartis sur plusieurs classes d’établissements différents, mais encore entretient avec l’ensemble des enseignants de ces établissements des relations étroites, à la grande satisfaction des enseignants, souvent en grande demande par rapport à la complexité pour eux de faire face aux problèmes si variés que leur posent ces enfants.
Mais la principale collaboration de Résodys avec l’Education nationale se situe dans un contexte très original : celui d’une étude financée par le plan régional de santé publique (PRSP) et dont Résodys est à la fois l’organisme gestionnaire et le support scientifique de l’action pilotée par l’ensemble des 6 départements réunis dans les deux Académies de Marseille-Aix et de Nice. L’étude baptisée, pour cette raison, "Six pour Dys" a débuté voici 4 ans par une première action destinée à mettre au point et à promouvoir un repérage systématique par les enseignants des enfants en fin de primaire à risque de dyslexie. L’outil Réperdys, mis au point par l’Académie de Lyon, sous la direction de Monique Jacquier-Roux, a été utilisé sur un millier d’enfants et a donné lieu à un repérage dont l’ampleur a quelque peu dépassé les attentes, mais qui, au final, a permis de dépister un nombre considérable d’enfants dont certains n’étaient pas suspectés jusqu’alors. Le dépistage lui-même a été réalisé en partie par les Médecins E.N., en partie par les équipes de Résodys lorsque le diagnostic nécessitait d’être approfondi. Au final, environ 15% des enfants présentaient à un degré ou à un autre, et avec de grandes variations en fonction principalement de l’origine socio-économique des enfants, un trouble d’apprentissage justifiant une prise en charge spécifique. Un des apports principaux de cette étude a été la validation de l’outil Réperdys comme instrument de repérage des troubles dys en fin de primaire par les enseignants.
Les résultats de cette première étude sont en cours de publication dans une revue scientifique spécialisée.
Actuellement, la collaboration se poursuit dans une deuxième phase de l’étude, portant cette fois-ci sur des enfants plus jeunes, en cours de CE1, avec l’idée qu’un repérage plus précoce sera nécessairement plus efficace en termes de prise en charge. Toutefois, il n’existait pas d’outil déjà prêt pour cette tranche d’âge, et il a donc été nécessaire d’en construire un de novo. L’outil en question, portant sur les principaux domaines de dysfonction que l’on peut mettre en évidence chez des élèves de CE1, est réalisé en grande partie sous forme collective, ce qui rend sa passation relativement aisée et peu coûteuse en temps pour les enseignants. A nouveau, un millier d’enfants ont été inclus, et les données sont en cours de traitement par nos statisticiens afin de déterminer lesquels d’entre eux sont susceptibles de souffrir de troubles spécifiques qui n’auraient pas été décelés et justifier ainsi un examen plus approfondi par un bilan médical et neuropsychologique. La validation de l’outil est certainement plus délicate que pour Reperdys, dans la mesure où il s’agit d’une production "locale" et que les tâches proposées pouvaient s’avérer trop difficiles ou au contraire trop faciles pour certains élèves. Toutefois, les premières mesures semblent montrer que la majorité de ces tâches sont très correctement discriminantes, laissant penser que les résultats obtenus seront en grande partie fiables, donc utilisables et généralisables.
En définitive, c’est à un exercice quotidien de relations entre deux mondes, celui de la médecine et celui de l’éducation, que nous nous livrons depuis maintenant plusieurs années, avec un bénéfice réciproque qui se confirme d’année en année.