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Troubles du langage et déficits d'apprentissage

Le dyslexique à l’Université : une grande lacune dans notre région

Cela fait plusieurs décennies que la plupart des universités anglosaxonnes consacrent des moyens spécifiques à la prise en compte des étudiants dyslexiques, depuis la mise à disposition d’information, par un bureau identifié au sein de l’administration, et très souvent une page spécifique sur le site Internet de l’université, jusqu’à un véritable service médical spécialisé, apte à délivrer des diagnostics et à discuter des aménagements nécessaires. A cet égard, l’Université française est très en retard sur ses équivalentes anglosaxonnes.
A l’Université Laval, de Québec, un guide pédagogique est fourni à tous les enseignants pour leur permettre de mieux se repérer face aux étudiants dyslexiques (en ligne sur : www.musique-handicap.fr/fichiers/docs/peda-dyslexie.pdf). Voici un extrait de ce guide :

Il faut habituellement prévoir un local séparé du groupe-classe pour passer les examens. Dans certains cas, les questions d’examens et/ou les réponses pourront être enregistrées sur cassette. Selon les cours, on pourra accepter les erreurs de grammaire et d’orthographe en limitant la perte des points à 10% de l’examen.
Pour les examens à choix multiples, il est préférable de permettre à l’étudiante ou à l’étudiant de répondre directement sur le questionnaire d’examen afin d’éviter des inversions de réponses sur la grille-réponses.
Souvent, une rencontre entre le professeur et l’étudiante ou l’étudiant doit être prévue immédiatement avant l’examen pour permettre des éclaircissements concernant les questions d’examen (reformulation verbale des questions). Le but, ici, n’est pas d’obtenir des indices de réponses, mais d’assurer la bonne compréhension des questions. De même, après l’examen, une rencontre peut aussi être prévue afin de permettre une bonne compréhension des réponses soumises.
Si l’étudiante ou l’étudiant doit avoir recours à des équipements spécialisés (ordinateur avec synthèse vocale et correcteur d’orthographe), l’examen peut se dérouler au local de technologies adaptées situé à la Bibliothèque générale. Il faut alors réserver d’avance le local.
Souvenez-vous : À l’exception de certains cours (par exemple : les cours linguistiques), les examens visent à évaluer les connaissances dans un domaine donné et non les compétences linguistiques.

A l’université de Louvain (Belgique) Le projet « dyslexie à l’université » est parti d’un constat : des étudiants sont pénalisés dans leur parcours académique en raison de leur dyslexie.
Soit ils ont été diagnostiqués dans l’enfance et les difficultés persistent, soit ils n’ont jamais été réellement dépistés.

Au centre de Consultations Psychologiques Spécialisées (CPS, Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation), un projet est né, avec le soutien de la Fondation Louvain grâce à un mécénat ING. Il vise à diagnostiquer, suivre et aider ces étudiants. « Nous avons mis en place un service de diagnostic qui permet aux étudiants de faire le point sur leurs difficultés », explique la Pr Marie-Anne Schelstraete, responsable du projet, dont l’équipe compte aussi trois logopèdes (orthophonistes). Les étudiants qui viendront consulter auront aussi la possibilité, s’ils le souhaitent, de participer à plusieurs recherches. Outre le diagnostic et les conseils, les jeunes pourront également bénéficier d’une attestation prouvant leurs difficultés.
Une participation de 50 € est demandée à l’étudiant pour l’ensemble du processus, tandis que le reste des frais est pris en charge par l’UCL (avec le soutien de la Fondation Louvain – Fonds ING).
L’objectif de l’UCL ? D’un côté, faire prendre conscience que la dyslexie est un handicap qui peut entraver la réussite académique. De l’autre, mettre un terme à une discrimination latente à laquelle les étudiants dyslexiques sont confrontés, en leur donnant les outils pour remédier à leur handicap. Concrètement, l’UCL leur fournit désormais une attestation de leurs difficultés afin d’aménager, si nécessaire, leur cursus universitaire.
Comment ? En demandant aux professeurs d’être plus indulgents quant à l’orthographe des étudiants dyslexiques, lors des examens, ou de leur laisser la possibilité de consulter un dictionnaire ; en leur laissant plus de temps, lors d’examens écrits, pour lire les questions et formuler leurs réponses ; en favorisant les examens oraux ; ou encore, en leur permettant de disposer d’un support écrit avant les cours afin de soulager leur prise de notes.

En France bien peu d’universités en sont arrivés à ce niveau de prise de conscience.
Sur le site de l’Université de Grenoble, on trouve un dossier thématique sur la dyslexie, dont quelques extraits sont reproduits ci-dessous :
La dyslexie est un dysfonctionnement cognitif reconnu comme un handicap. Il est dû à un défaut de maturation d’une partie de la zone du cerveau dédiée au langage. Il est encore peu connu des enseignants ou chercheurs à l’université, alors qu’il touche 5% de la population.
Les étudiants dyslexiques n’ont pas de problèmes pour comprendre et assimiler des connaissances. Ce qui caractérise la dyslexie, c’est de grandes difficultés à identifier les mots, ce qui rend la lecture et l’orthographe imprécises et fatigantes entraînant aussi des problèmes dans la mise en forme de leur savoir sous forme écrite.
Accéder aux études supérieures pour un étudiant dyslexique nécessite une charge de travail personnel nettement supérieure à la moyenne des élèves qu’il a dû mettre en oeuvre dès l’école primaire. De très bonnes capacités intellectuelles et une compétence à mettre en place des stratégies de compensation souvent coûteuses en temps et en énergie sont également nécessaires. Ces étudiants sont généralement extrêmement motivés.

A Marseille, rien de la sorte n’est encore mis en place. Résodys explore la possibilité de conventions avec les universités pour réaliser des bilans, première étape à la reconnaissance du handicap, à la fois par les MDPH et par les universités elles-mêmes.