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Troubles du langage et déficits d'apprentissage

Le Plan d’Accompagnement Personnalisé (PAP) : évolution, révolution, ou régression ? Quelques réflexions à propos de la création du PAP

Suite à la publication au Journal Officiel, en date du 18 novembre 2014, du décret "relatif au suivi et à l’accompagnement pédagogique des élèves" un nouveau mode de prise de décision concernant les élèves porteurs de troubles dys a été créé : le PAP (Plan d’Accompagnement Personnalisé). Il se substitue au PPRE, programme pédagogique de réussite éducative.


Cette nouvelle dénomination réalise en fait une véritable révolution dans les pratiques scolaires autour de ces enfants à besoins pédagogiques particuliers, dans la mesure où il ne sera plus possible aux familles de demander un PAI qui reste réservé aux autres pathologies médicales, et où la décision quant à la nature de l’accompagnement de l’élève revient exclusivement à l’équipe enseignante (le conseil de classe).
Symboliquement déjà, l’initiative paraît à contre-courant de ce que prônent tous les spécialistes de la question, en tout cas du côté médical, à savoir un renforcement des liens entre l’école et l’équipe soignante, principe qui est une des bases de l’action de Résodys depuis le début de son existence. Ici, le médecin scolaire donne son avis mais ne participe pas à la réflexion sur le contenu pédagogique : dommage ! Certes, voilà qui allègera le travail de nos confrères médecins de l’Education nationale qui, devant l’augmentation des demandes de PAI, étaient de plus en plus débordés et se voyaient contraints de faire des choix de plus en plus cornéliens, une situation qui, en pratique, n’était plus tenable. Certes. Mais au-delà de ce soulagement du médecin, c’est la démédicalisation de la décision d’accompagnement qui est visée, plus ou moins explicitement. L’organisation d’équipes éducatives proprement dites, telles qu’on les connaissait, incluant éventuellement l’orthophoniste ou le médecin de l’enfant, ne sera plus de mise. Seul un PPS, donc une demande auprès de la MDPH, permettra cet échange. Ce qui devrait rapidement aboutir à une inflation de demandes de PPS et à une surcharge des équipes de la MDPH qui vont rapidement crouler sous les demandes, et devoir prendre des mesures pour réduire leur flux. Cette tendance est déjà perceptible au sein des MDPH qui se retranchent de plus en plus souvent dans un rôle de décisionnaires administratifs, prenant de moins en moins souvent en compte le contexte médical dans leurs décisions de compensation. Là aussi, l’élément déclenchant est l’inflation de demandes et l’impossibilité d’y faire face avec les moyens limités qui sont disponibles, mais la conséquence, qui semble satisfaire les édiles dirigeantes plus que les acteurs de terrain, est l’isolement des décisionnaires de tout contexte médical, s’éloignant de plus en plus de la notion de concertation et de multidisciplinarité qui avait caractérisé, jusqu’ici, les remarquables avancées qu’a connues le domaine des troubles d’apprentissage. Il est clair que nous, à Résodys, qui avons fondé toute notre action sur la valorisation et l’approfondissement permanent de ces échanges interprofessionnels ne pouvons qu’être inquiets de cette évolution. Il nous reste à espérer que nos partenaires de toujours, les familles, et leurs représentants, les Associations d’usagers, prennent rapidement la mesure de cette évolution et de ses conséquences potentielles, afin de s’en prémunir au mieux et au plus vite.