Réseau régional
Troubles du langage et déficits d'apprentissage

Juin 2013 : a médecine et les troubles d’apprentissage : naissance d’une nouvelle spécialité médicale

Cela fait maintenant plus de dix ans que les troubles du langage et de l’apprentissage sont officiellement entrés dans la pratique médicale, et ce par la grande porte puisque ce sont les centres hospitalo-universitaires qui ont été désignés par la loi comme devant héberger les centres de référence, lieux privilégiés où sont dispensés à la fois les soins les plus spécialisés et l’enseignement le plus actuel. Pourtant, la discipline peine à devenir une spécialité médicale à part entière, et ce pour au moins deux raisons. La première tient à l’absence ou quasi absence d’enseignement de cette matière dans le cursus des études médicales. Que ce soit en médecine générale, en pédiatrie, en neurologie, voire psychiatrie, il n’est pratiquement pas fait mention au cours des années de médecine, de ni de dyslexie, dyspraxie, ni même de difficultés spécifiques de langage. La conséquence en est que la grande majorité des médecins confrontés lors de leur pratique à des enfants porteurs de ce trouble si fréquent, se trouvent totalement dépourvus, n’ayant aucun bagage leur permettant d’y faire face, renvoyant les familles vers l’école ou au mieux vers l’orthophoniste. Resodys participe, parmi d’autres, à la dynamique actuelle qui consiste à former des médecins praticiens à exercer leur rôle, celui qui leur revient tout naturellement, d’interface privilégiée entre le patient, sa famille, l’école et les autres praticiens médicaux et paramédicaux.
Mais en quoi consiste au juste ce rôle ? Pourquoi est-il à l’évidence si délicat ? En fait il s’agit d’une des matières les plus complexes de la médecine, à la jonction de la neurologie, de la psychologie, de la linguistique et des sciences sociales, nécessitant des connaissances de tous ces différents domaines scientifiques, pas nécessairement très approfondies, mais fondamentalement diverses et variées, incluant les principes d’organisation sur le terrain des rôles et fonctions des différents autres partenaires. Ces connaissances sont en général délivrées sous la forme d’un diplôme d’université tel que celui organisé depuis dix ans dans notre région en collaboration entre Résodys et la Faculté de médecine de Marseille. Mais même une fois détenteur de ce diplôme, le médecin qui l’a obtenu ne peut se prétendre apte à exercer ce rôle qu’après plusieurs années de pratique fréquente et assidue, tant il est vrai que c’est l’expérience quotidienne avec les problèmes multiples que ces enfants posent qui lui permettra d’acquérir la compétence nécessaire. En d’autres termes, il s’agit d’un véritable défi pour le médecin, de sorte que quiconque choisit de l’exercer, qu’il soit du reste généraliste, pédiatre, neurologue, psychiatre, etc. se doit d’être devenu capable de faire face à une multitude de questions qui lui seront posées et de situations auxquelles il sera confronté.

De tout temps, et peut-être encore plus de nos jours, le médecin est celui qui détient le savoir, qui apporte au patient cette parole ô combien précieuse qui consiste à expliquer rationnellement une souffrance, et apporter ainsi ce soulagement fondateur de toute thérapeutique, début de toute guérison, celui qui consiste à comprendre la nature du mal dont on souffre. Or, et c’est là sans doute la deuxième raison qui freine l’avénement d’une véritable médecine des troubles d’apprentissage, il existe encore dans certains milieux influents une tendance qui nie toute réalité scientifique aux problèmes d’apprentissage, qui sont alors volontiers ravalés au rang de simples avatars d’une pédagogie inadéquate ou d’un fonctionnement familial délétère. Dès lors, l’explication n’a plus lieu que pour et par les méandres de la psyché ou l’entremise de la pédagogie, la culpabilité prenant la place de la compréhension, ne laissant plus aucun espace pour la parole médicale. Lorsque ce mécanisme de pensée est dominant, comme dans bon nombre d’établissements médico-sociaux qui n’ont pas révisé leurs grilles de lecture depuis près de 50 ans, il empêche toute prise de conscience de la réalité de la différence, au nom d’une doctrine qui abolit le droit au diagnostic en même temps qu’elle récuse la particularité biologique.
C’est dans ce contexte que la récente et très consensuelle SOFTAL (Société Francophone des Troubles d’Apprentissage et du Langage), qui réunit les meilleurs spécialistes du domaine exerçant dans toute la francophonie, s’est donnée comme l’un de ses premiers objectifs celui de créer une certification nationale des médecins sous forme d’une capacité ou une compétence en neuropsychologie du développement permettant à ceux qui l’obtiendront de prétendre à exercer en tant que coordonnatrice ou coordonnateur d’une équipe spécialisée en troubles d’apprentissages. Cette compétence consistera non seulement à acquérir les connaissances diverses nécessaires pour aborder les troubles d’apprentissage sous leurs multiples aspects, mais aussi à fournir aux praticiens les moyens de se tenir en permanence informés de l’avancée perpétuelle des données scientifiques par la pratique de la lecture scientifique et par la présence aux réunions spécialisées ou à des manifestations de sociétés savantes.
La médecine des troubles d’apprentissage pourra alors prendre réellement son essor en tant que spécialité médicale, ouvrant la voie à une accréditation des établissements susceptibles de réaliser les bilans et de préconiser les soins et les aménagements nécessaires, ce pour une véritable égalité d’accès à des soins de qualité pour tous les enfants et adultes souffrant des conséquences de troubles d’apprentissage.

Michel Habib