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Troubles du langage et déficits d'apprentissage

Actualités scientifiques Une révolution dans la compréhension des mécanismes du TDAH

Le TDAH, Trouble Déficitaire de l’Attention (qu’il soit du reste accompagné ou non d’hyperactivité) fait l’objet actuellement d’un intérêt tout particulier des enseignants, des praticiens, et des chercheurs, de par l’impact qu’il possède sur l’avenir scolaire et social des enfants et adolescents, mais aussi par le handicap qu’il provoque chez l’adulte qui souffre de cette affection encore méconnue. Les causes commencent à en être de mieux en mieux cernées, qu’il s’agisse de causes génétiques ou liées à l’environnement. Mais le mécanisme par lequel ces causes provoquent les troubles restait jusqu’ici mystérieux. Une série de publications récentes permet à présent d’espérer mieux comprendre ce qui se passe réellement dans le cerveau d’un enfant hyperactif, et ce grâce aux progrès de l’imagerie cérébrale.
En effet, si personne ne doutait jusqu’ici que l’enfant, comme l’adulte, hyperactifs possèdent un fonctionnement cérébral singulier à l’origine des difficultés qu’ils rencontrent (troubles de la concentration, impulsivité, agitation motrice), l’hypothèse dominante était jusqu’alors que tous ces symptômes étaient liés à une incapacité du cerveau, tout particulièrement du cortex frontal, la partie la plus antérieure de notre cerveau, à exercer son rôle inhibiteur des stimulations, pensées et comportements parasites. Schématiquement, il s’agirait d’une fonction spécifique de cette région du cerveau que d’empêcher les informations non pertinentes de venir perturber l’action en cours, une fonction qui ferait précisément défaut chez la personne souffrant de TDAH. Le résultat de ce défaut d’inhibition est que l’enfant ou l’adulte seront trop facilement distractibles, qu’ils ne pourront mener à bien une tâche constituée de plusieurs étapes successives, bref ne pourront, comme tout un chacun, réguler automatiquement leurs comportements et leurs émotions. Ce défaut d’inhibition et d’autorégulation est à la base du modèle le plus couramment admis, celui proposé par le chercheur américain Barkley. Cette thèse a été appuyée par divers travaux d’imagerie, au cours des années 1990 et 2000 montrant un défaut de fonctionnement des lobes frontaux lorsqu’un sujet TDAH réalise une tâche nécessitant de maintenir son attention de façon durable(par exemple les fameuses tâches "go-no go", où il s’agit de répondre par un mouvement à un stimulus, mais de réfréner le mouvement lorsqu’un autre stimulus apparaît).

Le noyau accumbens sur le cerveau humain
Ces deux petites amandes jaunes représentent en fait l’activation de notre cerveau lorsqu’on nous propose une récompense : plus la récompense proposée est importante, plus ces noyaux sont fortement activés. Chez l’hyperactif, les récepteurs à la dopamine, l’hormone qui permet au système de fonctionner, sont présents en quantité très insuffisante à la surface des cellules

Au cours de ces derniers mois, plusieurs études sont venues sérieusement menacer cette interprétation, en montrant que le problème se situait probablement ailleurs, bien en amont , en fait, des mécanismes présumés : au niveau de la motivation. Il faut en premier lieu savoir que la motivation, chez l’humain comme du reste chez l’animal, est une fonction du cerveau parfaitement individualisable tant en termes de mécanismes comme en ce qui concerne les structures cérébrales impliquées. On sait en effet qu’il existe dans notre cerveau un petit noyau de quelques millimètres cubes, appelé noyau accumbens, qui joue un rôle très spécial dans nos comportements, celui de transformer une information, quelle qu’en soit la nature, en une décision d’action, après avoir analysé la valeur affective du stimulus. Par exemple, ce noyau s’active massivement chez un joueur juste avant le choix qui lui permettra peut-être de gagner une somme d’argent. Mathias Pessiglione, à Paris, a montré que la même structure détermine chez le sujet adulte normal, la force que l’on met dans une pression de la main en fonction du gain que l’on escompte obtenir, et cela de façon tout à fait inconsciente. Enfin, ce même petit noyau est spécifiquement sous-activé chez les personnes souffrant d’addiction au jeu lorsqu’ils sont en situation de gagner ou de perdre de fortes sommes d’argent. Le noyau accumbens apparaît donc comme un véritable centre cérébral de la récompense. Or ce système de la récompense est précisément dysfonctionnel chez les personnes souffrant de TDAH. Par exemple, une équipe américaine, dirigée par la scientifique Nora Volkow, a montré récemment que des personnes ayant le TDAH présentaient, sur cette structure, et pas ailleurs, de faibles niveaux de récepteurs à la dopamine, une hormone qui agit entre autre sur le système de récompense, chez l’homme comme chez l’animal. Qui plus est, le niveau de ces récepteurs était proportionnel au degré de déficit aux tests neuropsychologiques d’attention pratiqués chez les mêmes sujets : plus ils manquent de récepteurs à la dopamine dans le noyau accumbens, plus faibles seront leurs performances attentionnelles, ce qui démontre que les troubles cognitifs de l’enfant hyperactif pourraient être seulement dus à l’incapacité de son cerveau à adapter leurs actions à la valeur motivante d’une récompense potentielle. En d’autres termes, l’hyperactivité serait tout simplement une pathologie des systèmes de la récompense du cerveau humain, une pathologie de la motivation. Les implications de cette idée révolutionnaire sont très vastes : en premier lieu, cela permet de comprendre pourquoi les difficultés d’attention des enfants hyperactifs sont si dépendantes de facteurs de motivation (l’enfant qui réalise un acte qui lui plait beaucoup va "effacer" ses problèmes d’attention, il redeviendra totalement attentif, comme par magie, ce qui ne manque pas d’interpeller ses enseignants). Par ailleurs, il existe également des implications thérapeutiques potentielles, ne serait-ce que la possibilité de faire prendre conscience au sujet du fait que son cerveau ne réagit pas normalement à l’environnement, ce qui le mènera, après plusieurs séances de thérapie dite comportementale, à réajuster ses comportements en fonction des situations. Enfin et surtout, ces données pourraient considérablement aider à adapter les thérapeutiques médicamenteuses, telles que la Ritaline, en fonction des besoins de chaque cas, si l’on peut visualiser sur des examen du cerveau la réaction de chaque individu. Evidemment ces outils technologiques ne sont pour le moment utilisés que dans la recherche fondamentale, mais tout laisse à penser que d’ici peu ils pourront aussi être utilisés en clinique, apportant alors de précieux enseignements pour mieux soigner les enfants et adultes qui souffrent de ces affections.