Edito

La dyslexie fait son entrée à l’Académie de Médecine

Le 30 juin dernier, l’Académie de Médecine a consacré sa dernière session de l’année à une question qui n’avait jusqu’alors jamais été traitée entre les murs de la respectable institution de la rue Bonaparte, à Saint Germain des Prés : la dyslexie et les troubles apparentés. Ayant eu l’honneur d’être sollicité pour cette occasion aux côtés de deux collègues, un pédopsychiatre et une neuropédiatre, tous deux parisiens, nous avions la lourde charge de faire découvrir aux éminents académiciens réunis en assemblée plénière, trois aspects des troubles dys : définition, mécanismes et recherche scientifique (M. Habib), aspects psycho-affectifs (M. Speranza) et les aspects organisationnels et parcours de soins (F. Delteil). Au-delà du contenu des exposés, qui n’a évidemment rien de nouveau pour les visiteurs de ce site, c’est le choix même de la thématique qui constituait l’événement. L’enjeu était de taille : il s’agissait d’officialiser ainsi le passage des troubles d’apprentissage du statut d’artéfact socio-psychologique encore présent dans beaucoup d’esprits à celui de réel problème de santé publique, source de handicap officiellement reconnu, et surtout affection proprement neurologique, donc relevant de façon incontestable du champ de la médecine. C’est donc à présent chose faite, et les nombreuses questions de l’assistance nous ont démontré, si besoin en était, que tous ces éminents spécialistes du poumon, du rein, du cœur ou de la peau, dont les curriculum vitae ne tiendraient pas dans une bibliothèque, n’en étaient pas moins à l’écoute de la naissance de cette spécialité, à laquelle ils ont fait un accueil plus qu’intéressé, réellement captivés qu’ils étaient de découvrir que la médecine et l’apprentissage avaient là un point de croisement inédit, ouvrant de nouveaux sentiers et des horizons multiples, depuis la réflexion sur les mécanismes jusqu’à celle sur les questions d’organisation de la santé. A cet égard, deux importants prolongements sont attendus pour la rentrée : en premier lieu, la publication des fameuses « recommandations de l’Académie », qui doit émaner du Conseil des Sages, et qui pourrait faire beaucoup de bruit dans le landernau et, en corolaire, une conférence de presse qui tombera à pic pour la rentrée des classes. Sans risquer de dévoiler prématurément le contenu de l’un et de l’autre de ces deux événements, et sans préjuger de l’avis des Sages, on peut déjà penser que si notre discours a été entendu, il pourrait être question de renforcer significativement la formation des médecins, de soulever, une fois n’est pas coutume, la question du déséquilibre entre les professions paramédicales qu’induit la disparité des remboursements par l’Assurance Maladie, et peut-être aussi l’insupportable indifférence du médico-social pour les troubles d’apprentissage, contre laquelle nous avons plaidé pour l’ouverture d’un « plan dyslexie » à l’instar du (trop) bien nanti plan autisme. Alors rendez-vous en septembre pour des nouvelles, qu’on espère les meilleures possibles…. Peut-être alors la population dys de l’agglomération marseillaise pourra-t-elle caresser l’espoir de se voir attribuer un peu plus de 10 places de SESSAD par million d’habitant !

Michel Habib