Edito

Résodys 2016 : vers de nouveaux horizons

Permettez-moi tout d’abord de vous adresser à tous, lecteurs assidus ou occasionnels de cet éditorial, mes vœux les plus sincères pour l’année 2016. L’année 2015 a été une année de labeur, d’honneurs et de réflexions pour Résodys. Le labeur, nos collaborateurs, praticiens, coordinateurs, secrétaires... le connaissent bien, puisque cela fait maintenant la 13e année que nos tutelles nous font confiance et renouvellent les budgets alloués au réseau de santé, ce qui prouve bien que le travail a été fait à hauteur de ce qui était attendu de nous, et j’oserais dire au-delà. Cette mission, les membres du réseau se la sont appropriée d’année en année, chacun approfondissant son expertise dans le service rendu, celui de dispensateur de soins auprès des enfants souffrant de troubles dys. La compétence développée au cours des années est unique en France, avec ses différentes facettes médicale, sociale et pédagogique. Cette année encore, près de 1000 enfants dys ont pu bénéficier du dispositif consistant à sélectionner, diagnostiquer, orienter, et pour certains financer les soins inhérents à ce type très particulier de trouble, générateur d’un handicap souvent caché mais non moins dévastateur. Cette année encore des dizaines de praticiens, enseignants, travailleurs sociaux, ont été formés par nos soins et reçu les informations les plus récentes sur les développements de la recherche scientifique en la matière. Formadys, notre institut de formation, auquel Résodys a délégué toutes ses tâches de formation, s’est développée de manière importante durant l’année 2015, proposant des formations sur des thèmes de plus en plus nombreux, à des publics de plus en plus divers. L’un des thèmes les plus prisés parmi ceux que nous avons développés, a été celui de la thérapie cognitivo-musicale, une méthode novatrice proposée par Mélodys, notre partenaire dans cette action. L’offre de soins et de formation a été complétée de manière tout aussi efficace que les années précédentes par la facette médico-sociale de Résodys : le SESSAD spécialisé , également unique en son genre dans le département, qui offre les services d’une équipe pluridisciplinaire de pointe à l’intérieur même des établissements scolaires : cette année, plusieurs nouveaux établissements ont bénéficié des compétences de nos collaborateurs, véritable laboratoire des liens entre deux mondes qui ont parfois de la peine à s’entendre : le monde de l’éducation et celui des soins. Durant l’année qui vient de s’écouler, l’équipe du SESSAD a su, malgré un budget qui ne lui permet pas encore d’augmenter sa capacité d’accueil, relever le défi d’amplifier un peu plus sa notoriété et par conséquent le nombre d’enfants pouvant bénéficier, directement ou indirectement, de son existence. Une des missions de Résodys a été ces dernières années de participer à la réflexion et la mise en place de projets de repérage et de dépistage des troubles DYS, et ce en collaboration avec les Académies d’Aix-Marseille et de Nice, par le biais d’un projet de grande envergure, REPER-CE1, dont les résultats ont été récemment publiés. Plus de 1000 enfants, à travers les deux académies, ont été inclus dans ce projet qui a permis d’aboutir à la création d’un outil qui est à présent à la disposition des enseignants des deux académies d’Aix et de Nice.

La participation de Résodys à la recherche scientifique s’est poursuivie durant cette année par la continuation de la collaboration avec le Laboratoire de Neurosciences Cognitives de la Faculté Saint Charles, et l’équipe du CNRS de Mireille Besson et Jean-Luc Velay. La dernière réunion scientifique commune CERTA/Résodys, qui s’est tenue le 29 mai, a en outre bénéficié du soutien d’un autre Laboratoire de l’AMU, le Laboratoire de Psychologie Cognitive, dirigé par Pascale Colé, qui a contribué en outre à un numéro spécial de la revue Développements, à présent éditée par Résodys.

Enfin, permettez-moi de citer ici, bien qu’elle paraisse proportionnellement de moindre importance, l’action que nous menons avec diverses municipalités de la région, à travers les Programmes de Réussite Educative (PRE), auprès des élèves dys en situation précaire ou socialement défavorisée, une dimension de notre action qui devrait continuer à prendre de l’importance, y compris dans les quartiers encore trop largement sous-dotés de la ville de Marseille. En cette période où le vivre ensemble suscite tant de doutes et de préoccupation, Résodys tient à apporter sa contribution à l’égalité de l’accès aux soins, un aspect incontournable de l’égalité des chances et de l’harmonie de nos cités. Une des applications de ces principes s’est récemment concrétisée à travers une collaboration entre Résodys, un établissement scolaire des quartiers nord (Lycée professionnel de l’Estaque) et un organisme de formation professionnelle, autour d’un projet de repérage et d’accompagnement d’adolescents en situation de difficulté dans leur apprentissage professionnel.

Déjà nominée il y a quelques années pour les Victoires de la Médecine, Résodys a été à nouveau à l’honneur cette année par sa participation à la première réunion consacrée à la dyslexie par l’Académie Nationale de Médecine . Cette illustre institution, dont la porte ne s’ouvre qu’à un très petit nombre d’élus, a décidé cette année de mettre à l’honneur la thématique des troubles dys, qui n’avait j’amais fait l’objet de communication dans son enceinte jusqu’alors. Pour ce faire, l’institution a fait appel à Résodys et à son Président pour organiser une session totalement consacrée aux enfants en difficulté d’apprentissage, octroyant de ce fait aux troubles dys le statut d’une véritable entité médicale. Un enjeu considérable qui devrait avoir rapidement des répercussions majeures sur la condition de tous ces enfants.

2015 a également été une année de réflexion devant nous mener vers de nouveaux horizons. Parmi ces derniers, celui de créer une classe spécialisée exploitant de manière optimale notre expérience des liens entre l’équipe rééducative et l’équipe pédagogique. Pour ce faire, nous avons initié une réflexion commune avec un groupe d’universitaires parisiens en sciences de l’Education, l’équipe EMA ("Ecole, Mutations, Apprentissages") spécialisée dans les pédagogies modernes et novatrices, l’idée étant d’assortir de façon optimale les progrès de la pédagogie moderne et le concept de soins dans l’école déjà expérimenté dans le SESSAD. Mais à la différence de ce dernier, et du principe de l’admission en classe spécialisée (ULIS), l’Ecole expérimentale ne sera pas asujettie à la sélection réalisée par les maisons du handicap, chaque cas étant discuté en amont par l’équipe pluridisciplinaire, seule apte à juger du bénéfice qu’elle peut elle-même apporter à l’enfant. C’est à notre avis la condition sine qua non de réussite d’une telle initiative. En outre, la participation à égalité de l’équipe de soins et de l’équipe pédagogique est un concept tout-à-fait révolutionnaire mais dont nous sommes persuadés, à Résodys, qu’il est indispensable à une prise en charge rationnelle des troubles dys, en particulier multi-dys, qui nécessitent des rééducations et des accompagnements par divers intervenants au cours d’une même journée, et donc une harmonisation maximale entre les soins, l’enseignement et les activités éducatives. Chaque emploi du temps est travaillé et ajusté de manière individuelle au cas de l’enfant laissant toute leur place aux activités péri-scolaires qui deviennent par là-même partie intégrante du projet éducatif. A cet égard, le projet Résodys-EMA-Ecole fait une place de choix aux activités musicales, selon des principes développés par notre partenaire Mélodys, et traduisant notre conviction que la pratique musicale est non seulement un atout majeur pour l’épanouissement psychique de l’enfant, ce qui est vrai pour tous les enfants, dys ou non-dys, mais également, comme le montrent les recherches les plus récentes en neurosciences, un véritable outil de rééducation, de re-structuration des circuits cérébraux dysfonctionnels chez le dyslexique. Cette dimension cognitivo-musicale du projet de classe spécialisée fait l’objet d’une candidature européenne au programme Erasmus +, en collaboration avec une équipe belge et une espagnole. Le projet comporte enfin une dimension de formation, fidèle à la mission générale de Résodys, à travers un partenariat avec l’Ecole Supérieure du Professorat et de l’Education (ESPE) qui s’est montrée très intéressée par ce que peut apporter une école pilote de ce type à la formation des futurs maîtres, spécialisés ou non. Enfin, nous avons reçu le support du Rotary - Club qui contribuera, grâce à plusieurs actions en partenariat avec Résodys programmées en 2016, à l’acquisition d’un dispositif de neurofeedback qui deviendra un des outils de prédilection pour le traitement des troubles de l’attention, si souvent sous-estimés parmi les troubles dys, et pourtant si souvent présents et générateurs de difficultés supplémentaires pour les enfants, adolescents, et même adultes, qui en souffrent. L’année 2016 devra également être une année de réflexion sur l’organisation régionale des soins en matière de troubles dys. L’ARS, notre financeur principal, va nous missionner particulièrement pour mener cette réflexion consistant à faire l’inventaire des besoins et des réponses disponibles à ces besoins, cela devant déboucher sur des propositions de structuration de l’offre de soins régionale dans ce domaine. Des réunions multipartenariales, à l’instigation de Résodys, sous l’égide de l’ARS, devraient débuter dès le mois de janvier. Une des options qui seront proposées à la discussion sera d’élargir de champ des troubles dys à d’autres entités traditionnellement exclues de ce champ. C’est déjà le cas pour les troubles d’attention et le TDAH, qui font l’objet à Résodys d’un intérêt tout particulier tant au niveau de la formation que de l’organisation des soins. La coexistence fréquente entre ces troubles et les troubles spécifiques d’apprentissage est telle qu’il devient de plus en plus impensable de traiter les deux entités de façon séparée, d’où le caractère évident du rapprochement et de l’évolution des pratiques qui en découle. Moins évident sera le rapprochement avec d’autres entités regroupées sous le terme de Troubles du Spectre Autistique (TSA). Outre le fait que les initiales en sont communes avec les troubles spécifiques d’apprentissage (ce qui ne va pas sans créer une certaine confusion), les TSA partagent également certains aspects avec les troubles d’apprentissage, ne serait-ce que la nécessité d’une approche pédagogique particulière. Mais ici la prudence est de mise car, comme cela a bien été démontré lors de notre dernière réunion annuelle CERTA/Résodys, si des formes de passage existent bien entre les deux types de troubles (justifiant leur inclusion sous le vocable commun de "troubles du neurodéveloppement" par le DSM-5), les différences sont en général telles qu’il est impossible pour un professionnel spécialisé dans l’un, de l’être également dans l’autre, sauf à avoir bénéficié d’une formation bien spécifique, tant les compétences requises pour traiter les enfants de chacun des deux domaines sont différentes. Il faudra donc d’entrée de jeu, dans les discussions à venir, mettre en garde les tutelles administratives, qui cherchent à juste titre sans doute à faire le maximum d’économies en recourant à la mutualisation des moyens, contre le risque d’amalgame théorique et d’affaiblissement de compétence des équipes qu’un rapprochement trop hâtif pourrait faire courir.

Pour terminer, en tant que Président de Résodys, je tenais à profiter de l’occasion qui m’est donnée par ces voeux de nouvel an, de m’adresser conjointement à tous les collaborateurs de nos structures, pour remercier chaleureusement chacun d’entre vous pour sa contribution à cet édifice, dont la pertinence, souvent mise en doute, parfois malmenée, n’a jamais été réellement contestée, et ce grâce à la confiance collective que procure la conviction de chacun de ses membres d’agir dans l’intérêt majeur de la collectivité. C’est là la raison d’être de notre action. C’est aussi le but que nous nous fixons pour les trois années à venir, et peut-être au-delà si la collectivité le juge utile. En attendant, je vous souhaite à nouveau une très belle année 2016 !

Michel Habib